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Cordillera Blanca 2005 

(du 25 juin au 17 juillet)

 

 

 

25 juin. Début de matinée, l’avion décolle de Cointrin. Les pensées accaparent notre esprit, un curieux mélange de soulagement et d'anxiété. Plusieurs mois de préparatifs guidés par l'enthousiasme, mais jalonnés de questions, de doutes, d’espoirs. Or, les dés sont jetés,  espérons que tout se déroulera comme prévu. Première escale à Madrid où  nous embarquons sur le long courrier qui rallie le Pérou après avoir survolé l’océan Atlantique, l’Amazonie et la Cordillère des Andes. Un vol agréable, sinon quelques turbulences au-dessus de la forêt amazonienne. A Lima nous retrouvons Valérie. Après avoir récupéré nos bagages nous rejoignons l’hôtel pour une courte nuit, la journée suivante étant consacrée au transfert vers Huaraz.

 

26 juin. Nous quittons en car l’atmosphère grise et polluée de Lima (9 millions d’habitants), afin de rejoindre Huaraz. Par la route, il faut compter presque neuf heures pour parcourir ce trajet d'environ quatre cents kilomètres qui relie le bord de l'océan Pacifique à la Cordillère Blanche. On remonte une magnifique et interminable vallée pour franchir un col à plus de quatre mille mètres, puis on redescend vers Huaraz, ville perchée  à trois mille cent mètres d'altitude. La nuit est déjà tombée lorsque l’on y arrive. José Luis nous accueille, lui qui sera notre guide tout au long de l'expédition. Après deux jours de voyage nous sommes fatigués et c'est avec soulagement que nous arrivons dans notre hôtel de villégiature à Monterrey, petite station thermale campée sur un coteau à huit kilomètres de Huaraz.

 

27 juin. La matinée est consacrée à la visite de Huaraz, ainsi qu'à diverses formalités. Il fait beau, la température est agréable et il y pousse même des palmiers malgré l'altitude !!! La ville, en grande partie détruite par le séisme de 1970 qui fit plusieurs dizaines de milliers de morts, a été reconstruite, mais elle en porte encore les stigmates. C'est une agglomération très vivante avec des marchés où se croisent des villageois vêtus d'habits traditionnels très colorés, des marchands ambulants, des randonneurs et alpinistes venus de différents continents, le tout agrémenté du bruit des klaxons. Après avoir goûté à un premier repas péruvien, nous visitons le site archéologique de Wilcawin, puis une marche d'acclimatation de deux heures nous ramène à Monterrey par un chemin pittoresque.

 

28 juin. Journée d'acclimatation à la Puya Raimondi, nom de la plante exceptionnelle qui pousse sur ces hauts plateaux. Apparentée à l'ananas, elle porte le nom du voyageur italien qui la décrivit au 19ème siècle. On l'appelle aussi "Géant de la Puna". Après avoir suivi les diverses sentes qui se faufilent à travers la forêt  étrange et clairsemée constituée par ces plantes longilignes qui appartiennent à la famille des broméliacées, nous gravissons des pentes desséchées jusque vers quatre mille sept cents mètres dans un paysage grandiose. Emplacement idéal pour un pique-nique.


Nous entamons la descente, lorsque nous sommes surpris par un incendie. En effet, vers le bas la montagne entière est la proie des flammes, le feu ayant certainement eu pour cause un mégot de cigarette jeté par un touriste sur le bord de la piste qui conduit à la Puya Raimondi. Le vent étant assez violent, le front du sinistre s'est développé très rapidement sur plusieurs centaines de mètres en montant rapidement; aidé en cela par l'aridité des lieux. Dans des pentes très raides et difficiles, notre sens de l'observation et notre sang froid auront été salutaires. En moins de dix minutes, les endroits que nous avions parcourus quelques instants auparavant  étaient brûlés par les flammes !!! Finalement, au terme d'une fuite à travers des ravines, quelques secteurs exposés, des arbustes secs et des épineux en tous genres avec en prime quelques égratignures, nous avons réussi à rejoindre la piste au grand soulagement de notre chauffeur. Des splendides images du matin ne subsistait qu'un paysage calciné.

 

29 juin. Le grand jour est arrivé, la montée au camp de base. José Luis arrive à l'heure prévue avec son équipe. On  charge le minibus, puis c'est le départ pour Collon, hameau perché à une altitude d'environ trois mille trois cents mètres. Inutile de décrire le chemin emprunté par le véhicule. Un seul conseil : cardiaques s'abstenir !!! Nous pénétrons au cœur d'une vallée aride, là où vivent des gens humbles et pauvres. Ici la terre est retournée avec une charrue tirée par les bœufs. Chaque lopin de terre est exploité jusque dans les moindres recoins. Les maisons sont construites avec des  briques en terre séchée. Aucune trace de superflu. Sur la place du village, là où s'interrompt le chemin carrossable, les mules nous attendent d’un air narquois. Sans les "arrieros" (conducteurs de mules), il serait inutile ou tout simplement utopique d'envisager l'utilisation de ces braves bêtes. Une fois les charges réparties, soit le matériel, les bagages et la nourriture pour onze jours (y compris des poulets vivants), la caravane se met en marche pour un périple d'environ douze kilomètres avec plus de mille mètres de dénivellation. La randonnée est agréable, les paysages merveilleux. Là où la gorge se resserre nous entrons dans la Quebrada Ishinca. La végétation se diversifie au gré du chemin et de l'altitude. Les premiers sommets enneigés apparaissent, nous pénétrons dans un autre monde. Après quatre heures de marche nous atteignons le camp de base à une altitude de 4400 mètres. Les mules sont déchargées, le camp se met en place.

 

30 juin. Rien ne sert de courir ou d’agir dans la précipitation. Nous en profitons pour nous installer et prendre nos repères. D’ailleurs, José Luis a prévu une petite randonnée d’acclimatation au pied de l’imposant versant sud ouest du Palcaraju (6274 m.). En résumé, une journée idéale pour faire plus ample connaissance et nous imprégner de l'ambiance andine si particulière.

 

1er juillet. De bonne heure, il règne déjà une certaine effervescence, car nous passerons la nuit prochaine sous tente à 4850 mètres et il s'agit de ne rien oublier.  Éblouis par les images de la veille, nous nous réjouissons d'emprunter le sentier sinueux qui s'élève vers  ces montagnes aux cimes immaculées. Le temps est au beau fixe et la température agréable. Chacun monte à son rythme. Quelques propos sont échangés avec les porteurs qui nous dépassent aisément malgré des charges impressionnantes. Le campement est installé au bord de la lagune de l’Ishinca. Face à nous l'Ishinca que nous allons traverser demain matin et sur sa droite la face majestueuse du Rantapalca (6162  mètres). Quelques soucis surgissent, Anne-Catherine est malade, Rodolfo n'est pas au mieux. En fin d'après-midi la température tombe très vite, de même que la nuit. L'état de santé de nos compagnons empire. Après un excellent repas préparé par notre cuisinier Pablo, nous rejoignons les duvets mœlleux de nos sacs de couchage. Et dire que nous dormons à une altitude plus élevée que le sommet du Mont-Blanc !!!

 

2 juillet. Cinq heures du matin, il fait encore nuit, la température est glaciale. Nos deux amis ont passé une mauvaise nuit, ils renoncent et préfèrent redescendre. Nous quittons le camp à la lueur de nos frontales. Une immense moraine, quelques passages délicats et exposés à travers des pierriers instables et très raides, enfin nous rejoignons le glacier alors que le jour se lève. Nous sommes au pied du Rantapalca, au loin l'Ishinca et son arête SW nous tend les bras. Les cordées étant formées, nous nous mettons en marche sans forcer le pas, altitude oblige. Un parcours glaciaire très esthétique le long d'une arête, une petite partie technique pour la sortie, le sommet de l'Ishinca (5530 mètres) est atteint à 8 heures 45. Temps magnifique. Congratulations, séance photos, un panorama époustouflant, puis vient déjà le moment de redescendre par l'arête NW vers le camp 1.  Ensuite, c'est le retour au camp de base où nous attend un succulent repas préparé par Pablo. Nous retrouvons Anne-Catherine et Rodolfo dont l'état ne s'est pas amélioré.

 

3 juillet. Journée de repos et de récupération. Chacun vaque à ses occupations. Promenade, lecture, farniente !!!  Nos deux compagnons sont au plus mal, ils décident de regagner Monterrey.

 

4 juillet. Il est 4 heures 30 lorsque nous entamons l'ascension de l'Urus. Ce sommet est situé à l'aplomb du camp de base. Lors de la montée, aucun répit, aucun replat. D'emblée, nous empruntons dans la fraîcheur de la nuit le très raide sentier qui serpente le long de la moraine, laquelle s'élève d'un seul jet  sur environ 600 mètres de dénivellation. Le jour se lève quand nous atteignons le pied du glacier. La pente qui suit, haute de quelques dizaines de mètres est très raide et gelée, ce qui nous oblige à mettre les crampons. S'ensuit un parcours  magnifique et varié qui nous amène au pied du bastion sommital. Maintenant le soleil est bien présent et il nous envoie d'agréables rayons qui réchauffent le magnifique granit jaune du ressaut qui défend le sommet sur les 150 derniers mètres de dénivellation. Il est 8 heures 45 lorsque nous posons les pieds sur le point culminant de l'Urus (5420 mètres).

 

Face à nous un panorama extraordinaire avec en prime le versant de l'imposant Tocclajaru que nous allons gravir dans quelques jours. Les conditions sont si agréables que nous profitons pleinement de ce moment. Mais il est temps de songer au retour. Finalement, la descente interminable sur le sentier de la moraine avec ses cailloux instables et le gravier s'avérera bien plus pénible que la montée. Il est presque midi quand nous arrivons au camp de base, enfin délivrés des désagréments de cette descente. Un seul souhait, nous déchausser et enfiler nos sandales !!! Le "maestro cuisinier" Pablo nous appelle, le succulent repas qu'il a fait mijoter peut être servi sous la tente qui nous sert de "salle à manger".

 

5 juillet. Journée de repos et de récupération. Occupations diverses selon les goûts et les envies de chacun. La belle vie, au soleil, dans un espace fabuleux.

 

6 juillet. Aujourd'hui, montée au camp 1 du Tocclajaru. Après une première partie assez agréable dans le fond d'une sorte de combe, un sentier aussi raide et interminable que la moraine de l'Urus nous guette. Toutefois, quelques solides arguments titillent notre motivation. Il fait beau, chacun monte au rythme qui lui convient le mieux et, cerise sur le gâteau, c'est le prélude à l'ascension d'un sommet grandiose aussi bien par l'altitude et ses difficultés que par ses lignes, assez semblables à celles de l’élégant Obergabelhorn. Au terme de notre effort, nous nous retrouvons sur un promontoire situé à 5000 mètres, à proximité de la langue du glacier, là où les tentes ont été montées. La vue plongeante sur des séracs situés en dessous est impressionnante. Repos, discussions, contrôle du matériel et un ultime repas préparé par Pablo occuperont les dernières heures de la journée. A 18 heures la nuit tombe, trente minutes plus tard les loupiotes s’éteignent dans les tentes. Trouver le sommeil n’est pas évident, même si le réveil est prévu à une heure trente du matin.

 

7 juillet. Une heure trente du matin, l’heure de se lever !!! Le campement s'agite. Bien organisés, nous n'avons aucune peine à nous équiper et à retrouver notre matériel à la lueur des frontales. Un petit-déjeuner dans le froid glacial, puis c'est le moment du départ, crampons aux pieds. Il fait encore nuit lorsque nous nous attaquons à la première difficulté, un ressaut d'une centaine de mètres. D'abord, une longue traversée ascendante et très exposée dans une pente de glace à environ 50 / 55 degrés sous une immense barre de sérac surplombante, puis une sortie par un mur de glace haut d'environ vingt mètres incliné à plus de 60 degrés. Nous nous retrouvons dans un environnement un peu moins hostile pour rejoindre le ressaut sommital. Après quatre heures d'ascension le jour se lève avec des jeux de lumières absolument fabuleux. La dernière difficulté consiste à attendre le sommet par une arête de glace effilée et très exposée défendue par une large rimaye. Cette arête, haute d'environ 80 mètres, est inclinée à environ 50 / 55 degrés. A cet endroit, notre guide péruvien, malade, renonce au sommet. Seuls nous accompagneront l'aspirant guide et un porteur. Une corde fixe est installée pour assurer ce passage très délicat. A 8 heures 30, après six heures quinze d'effort, le sommet du Tocclaraju (6040 mètres) est atteint par Valérie, Gabi, Philippe, Carlo, Mezias (aspirant guide) et Martins (porteur de 1ère catégorie).

 

Submergés par les émotions et par tant de beauté, certains ont de la  peine à retenir quelques  larmes. Un sentiment de victoire sur nous-même nous submerge. Les congratulations d'usage n'en sont que plus poignantes. Il fait assez beau, quelques nuages élevés tapissent le ciel. Il souffle un vent assez froid, mais heureusement assez modéré. Le temps de nous imprégner des paysages alentours et de faire quelques photos, la montagne tolérera notre présence durant un quart d'heure. Une petite halte, mais un grand moment de bonheur partagé entre tous.

 

Une première descente en rappel de quatre-vingts mètres avec franchissement acrobatique de la rimaye surplombante nous dépose au pied du ressaut sommital. Nous rejoignons sans problème le haut de l'autre passage difficile. Un deuxième  rappel impressionnant nous permet de franchir la première difficulté du matin et de prendre pied à l'endroit le plus approprié. Une dernière traversée exposée nous dirige vers les pentes plus aimables du glacier. Retour au camp, les tentes ont été démontées, les porteurs sont déjà redescendus. Nous prenons le temps de récupérer et de manger un peu. Commence ensuite la longue et pénible descente vers le camp de base. Au loin, les tentes nous paraissent minuscules. Mais au fond de nous, qu’importent la fatigue et l'inconfort de cette descente. La joie est en nous. Comme à son habitude, Pablo nous accueille toujours aussi chaleureusement, puis il nous sert le délicieux repas qu'il a concocté. En fin d'après-midi nous remercions et fêtons chaleureusement nos amis, sans lesquels la réussite totale de cette expédition n'aurait pas été possible. Nul doute que nous avons côtoyé des personnes merveilleuses.

 

8 juillet. Nos affaires sont prêtes. Le temps est magnifique, le Tocclajaru nous adresse un ultime clin d'œil. Pablo nous a préparé un dernier petit-déjeuner dont il a le secret (crêpes, pain, beurre, confiture, chocolat) et toujours le mate de coca qui selon lui soigne tous les maux. Sur le chemin du retour nous nous retournons à de nombreuses reprises en nous disant que nous ne reviendrons peut-être jamais dans ce lieu merveilleux. L'une après l'autre, les montagnes disparaissent, comme au théâtre le rideau se ferme sur un décor qui restera gravé à jamais dans nos mémoires. A Collon, nous retrouvons un semblant de civilisation, principalement des villageois occupés à leurs tâches, des enfants, des écoliers. Mais nous ne sommes que de passage et bientôt nous rejoindrons une autre civilisation. Dans l'après-midi, c'est sur la terrasse de l'hôtel que Anne-Catherine et Rodolfo nous rejoignent. Ils nous expliquent qu'une fois soignés, ils sont partis effectuer des excursions sur plusieurs jours et qu'ils reviennent à l'instant. Nous sommes heureux qu'ils aient quand même pu profiter de leur séjour après leurs ennuis de santé. Le soir, c'est dans un restaurant de Huaraz que nous fêtons à la fois le succès de notre expédition et les retrouvailles avec nos deux amis.

 

Dès le 9 juillet, notre périple s'est poursuivi par la visite de plusieurs sites archéologiques. D'abord, une excursion sur le site de Chavin perdu au fond d'une vallée à trois heures de route de Huaraz avec le passage d'un col à presque 4500 mètres d'altitude. Puis, le déplacement à Trujillo, en empruntant le fameux cañon del Pato profond de mille mètres avec sa route de terre étroite et dangereuse qui compte 39 tunnels sur 25 kilomètres. Soit neuf heures de route. A Trujillo, ancienne ville coloniale située à environ 500 kilomètres au nord de Lima qui compte environ 600'000 habitants, nous avons pu découvrir et visiter de magnifiques curiosités, notamment l’intérieur de maisons coloniales, ainsi que des sites tels que Chan Chan, Huaca de la Luna, El Brujo ; ceci grâce à une guide touristique remarquable contactée sur place par Anne-Catherine et Rodolfo. A Huanchaco, station balnéaire située en bordure du Pacifique, nous avons dégusté les spécialités dont le fameux "cebiche" (plat de poissons crus) et surtout assisté le dernier soir à un fantastique coucher de soleil sur l'océan. Un transfert en avion vers Lima, puis nous avons quitté le Pérou le lendemain pour atterrir à Genève le 17 juillet.

 

Chef de l’expédition : Philippe

 

Membres : Valérie, Gabi, Anne-Catherine, Carlo, Rodolfo.

 

Guide péruvien : José Luis, accompagné de Mezias (aspirant guide), Pablo (cuisinier), Martins et  Octavio (porteurs).

 

 
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